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Accès aux soins : la dermatologie mobile comme réponse aux déserts médicaux
À l’occasion des Journées Dermatologiques de Paris (JDP), la Société Française de Dermatologie (SFD) a annoncé le lancement de Mobil’Derm, un cabinet dermatologique itinérant destiné à améliorer l’accès aux soins dans les zones sous-dotées. Le projet pilote, qui débutera en février 2026 en Nouvelle-Aquitaine, vise des départements particulièrement touchés par la désertification médicale, comme la Creuse, la Corrèze et le Lot-et-Garonne. Ce camion médicalisé, véritable cabinet mobile équipé pour la dermoscopie, les biopsies ou la cryothérapie, accueillera environ 25 patients par jour, adressés par leur médecin généraliste. Il ne s’agit pas d’un dispositif de dépistage de masse, mais d’une consultation spécialisée classique, assurée par des dermatologues volontaires libéraux ou hospitaliers. La phase pilote, prévue pour six mois, s’inscrit dans un contexte démographique préoccupant : la France compte 2 880 dermatologues actifs en 2025 contre 3 758 en 2010, et près de 30 % ont plus de 60 ans. Une étude d’impact accompagnera le déploiement afin d’évaluer la typologie des patients, les délais d’accès et l’organisation des parcours de soins. Au-delà de la dermatologie générale, ce type d’initiative pourrait constituer un levier important pour la prise en charge des dermatoses inflammatoires chroniques, dont le suivi spécialisé est souvent retardé dans les territoires fragilisés.
Psoriasis : un risque infectieux globalement faible sous biothérapies
Les données issues du Système National des Données de Santé (SNDS), présentées aux JDP, apportent un éclairage rassurant sur le risque infectieux des biothérapies utilisées dans le psoriasis en plaques. L’étude a inclus près de 40 000 patients ayant initié une biothérapie entre 2013 et 2022, avec un suivi de deux ans. Le taux d’infections nécessitant une hospitalisation s’élève à 27,1 pour 1 000 personnes-années, confirmant un risque globalement faible. Comparativement à l’adalimumab, plusieurs molécules apparaissent associées à un risque significativement réduit d’infections hospitalières : le risankizumab (− 45 %), le sécukinumab (− 39 %) et l’ustékinumab (− 34 %). Les différences observées semblent refléter des profils immunologiques distincts : les anti-IL-17 sont davantage associés à des infections cutanéo-muqueuses et fongiques, tandis que les anti-IL-23 montrent une proportion plus élevée d’infections gastro-intestinales. En ambulatoire, la proportion médiane de jours couverts par des traitements anti-infectieux systémiques reste limitée (5,5 %). Ces résultats, issus de données de vie réelle à grande échelle, confortent donc le profil de sécurité des biothérapies modernes tout en soulignant l’importance d’une vigilance différenciée selon la cible thérapeutique.
Intelligence artificielle : un soutien diagnostique prometteur en dermatologie
Une équipe française a évalué l’apport d’un modèle multimodal d’intelligence artificielle (LLM) dans l’analyse de cas dermatologiques complexes. À partir de 308 vignettes cliniques issues du JAMA Dermatology Clinical Challenge, les chercheurs ont étudié l’impact de l’assistance par IA sur la performance diagnostique de dermatologues expérimentés. Le taux de réponses correctes est passé de 58,6 % sans assistance à 80,8 % après consultation de l’IA. Le gain est particulièrement marqué pour les maladies rares, avec un taux de bonnes réponses atteignant 94 %. L’outil a permis de corriger 120 erreurs initiales, au prix de 14 erreurs supplémentaires. Par ailleurs, la confiance des praticiens dans leur diagnostic a significativement augmenté. Ces résultats suggèrent un potentiel réel pour l’aide au raisonnement clinique, notamment dans des situations complexes ou inhabituelles. Les auteurs insistent toutefois sur la nécessité de garde-fous : contrôle humain systématique, exigence d’argumentation des modèles et vigilance face au biais d’automatisation. Dans le champ des IMID cutanées rares ou atypiques, l’IA pourrait devenir un outil d’appui pertinent, à condition d’un encadrement rigoureux.
Atopie et arthrose : vers un terrain inflammatoire partagé ?
Présentée au congrès de la Société Française de Rhumatologie (SFR), l’étude AtopOA suggère que l’atopie (asthme et/ou eczéma atopique) pourrait constituer un facteur de sévérité de l’arthrose. Parmi les patients issus de la cohorte KHOALA, les sujets atopiques présentaient un risque significativement accru d’arthrose radiographique sévère (OR ajusté = 2,46), ainsi qu’un risque doublé de recours à une prothèse totale de genou. Si l’association avec la douleur perd sa significativité après ajustement, le signal radiographique demeure robuste. Ces données interrogent l’existence d’un terrain inflammatoire systémique commun entre pathologies atopiques et arthrose structurale, ouvrant de nouvelles pistes de recherche physiopathologique.
Anti-TNF et événements démyélinisants : confirmation d’un signal rare mais significatif
Une vaste étude française en vie réelle, portant sur plus de 214 000 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, présentée lors de la SFR, confirme une augmentation de 50 % du risque d’événements démyélinisants sous anti-TNF par rapport aux csDMARD. Le surrisque concerne principalement le système nerveux central (+ 60 %), tandis que les atteintes périphériques ne semblent pas significativement augmentées. L’incidence globale reste faible (33,7 pour 100 000 patients-années), mais ces résultats confortent un signal déjà évoqué dans la littérature. Ils plaident pour une vigilance particulière chez les patients présentant des antécédents neurologiques ou des facteurs de risque spécifiques.
Spondyloarthrite axiale : changer de cible n’est pas nécessairement supérieur
L’essai français de phase IV ROC-SpA, dont les résultats ont été présentés lors de la SFR, a comparé, après échec d’un premier anti-TNF, le passage à un anti-IL-17A (sécukinumab) versus le switch vers un autre anti-TNF. À 24 semaines, les taux de réponse ASAS40 sont similaires (15,2 % versus 14,7 %), sans supériorité démontrée du changement de mécanisme d’action. Des analyses exploratoires suggèrent toutefois des profils potentiellement plus répondeurs à l’anti-IL-17A, notamment en cas de psoriasis associé ou de CRP élevée. Ces résultats soutiennent une approche individualisée de la séquence thérapeutique, en cohérence avec les recommandations européennes.
IPP et risque fracturaire : un signal robuste en population générale
L’étude OSIRIS, menée à partir du SNDS et présentée lors de la SFR, met en évidence une augmentation de 16 % du risque de fracture ostéoporotique majeure en cas d’exposition prolongée aux inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Sur un suivi moyen de près de neuf ans, 7,4 % des patients exposés ont présenté une fracture contre 6,1 % des non exposés. Ce signal, indépendant des comorbidités et traitements associés, rappelle l’importance du bon usage des IPP, particulièrement chez des patients souvent polymédiqués, comme ceux atteints de maladies inflammatoires chroniques.
Alimentation ultra transformée : un lien possible avec les rhumatismes inflammatoires
Enfin, l’étude Nutriric présentée lors de la SFR suggère une association entre forte consommation d’aliments ultra transformés et présence de polyarthrite rhumatoïde ou de spondyloarthrite. Après ajustement, la probabilité d’appartenir aux quartiles les plus élevés de consommation est multipliée par 3 environ dans ces deux pathologies. Aucune association significative n’est retrouvée avec l’activité de la maladie. Ces résultats, encore exploratoires, alimentent l’hypothèse d’un rôle de l’alimentation et de l’inflammation de bas grade dans la physiopathologie des IMID.



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