Actualités Congrès
ACTUALITÉS CONGRÈS
Actualités du trimestre (juillet-septembre 2026) : une saison sans grand congrès, mais riche en annonces pour les pathologies immuno-inflammatoires chroniques
Synthèse des principales actualités scientifiques de juillet à septembre 2026 en dermatologie, gastro-entérologie et rhumatologie.
Contrairement aux trimestres précédents, la période estivale ne comporte pas de grand congrès de référence équivalent à l’EULAR, l’AAD ou aux JFHOD. Ceux-ci se tiennent en juin, mars ou octobre-novembre. L’actualité du trimestre est donc essentiellement portée par des annonces de laboratoires et des communications présentées lors de réunions plus ciblées (AAD Innovation Academy à New York en juillet notamment), relayées par la presse spécialisée.
Elle n’en demeure pas moins dense, avec plusieurs jalons cliniques notables dans le psoriasis, la dermatite atopique, la pelade, le vitiligo, la rectocolite hémorragique et le rhumatisme psoriasique — ainsi qu’un abandon de développement qui mérite d’être signalé.
Dermatologie : entre confirmations et un abandon marquant
Le zasocitinib (TAK-279, Takeda), inhibiteur oral de TYK2 dont les résultats de phase III globaux avaient été présentés à l’AAD en mars, a fait l’objet d’analyses complémentaires ciblant les « zones à fort impact » (cuir chevelu, ongles, paumes/plantes, organes génitaux), présentées lors de l’<em>AAD Innovation Academy</em> à New York (16-19 juillet). Les sous-analyses portant sur le psoriasis du cuir chevelu ont confirmé une efficacité élevée et maintenue entre les semaines 16 et 24, supérieure à celle de l’aprémilast, chez des patients présentant une atteinte du cuir chevelu à l’inclusion — une localisation touchant près de 80 % des patients psoriasiques et particulièrement impactante sur la qualité de vie.
Dans le vitiligo non segmentaire, Pfizer a annoncé fin juillet des résultats positifs de phase III pour le ritlécitinib (Litfulo*), déjà commercialisé dans la pelade sévère. Les deux essais du programme TRANQUILLO ont atteint leurs critères co-principaux de repigmentation faciale et totale à 52 semaines, avec un profil de tolérance cohérent avec les données déjà connues de la molécule. Ces résultats ouvrent la voie à des dépôts réglementaires dans le monde pour une extension d’indication, dans une pathologie où l’offre thérapeutique systémique reste limitée.
Dans la pelade, la biotech américaine Q32 Bio a communiqué le 13 juillet sur des résultats positifs à 36 semaines (partie B de l’essai de phase IIa SIGNAL-AA) pour le bempikibart, un anticorps anti-récepteur de l’IL-7 (mécanisme distinct des inhibiteurs de JAK déjà approuvés). Chez des patients atteints de pelade sévère à très sévère, le critère principal a été atteint avec une réduction moyenne de 35,3 % du score SALT et un taux de réponse SALT-20 de 40 % à 36 semaines, sans événement indésirable grave ni de grade ≥ 3 lié au traitement. Ces données, bien que précoces et portant sur un petit effectif (33 patients), positionnent le bempikibart comme une alternative potentielle aux JAK inhibiteurs, avec un profil de sécurité différencié.
À l’inverse, une annonce plus inattendue est venue de Sanofi, qui a communiqué le 24 juillet l’arrêt du développement de l’amlitélimab (anticorps anti-OX40L) dans la dermatite atopique modérée à sévère. Ce choix intervient malgré des données positives de l’étude d’extension de phase III ESTUARY, montrant un maintien de la réponse clinique sans rechute à long terme : le laboratoire a jugé que la molécule n’apporterait pas d’amélioration suffisante par rapport aux traitements de référence actuels pour justifier un dépôt réglementaire. Cet abandon fait suite à celui du rocatinlimab (Kyowa Kirin/Amgen), autre anti-OX40(L), en mars 2026, et referme ainsi la voie de cette cible thérapeutique dans la dermatite atopique. Le développement de l’amlitélimab se poursuit néanmoins dans la maladie cœliaque, avec des résultats de phase II attendus au second semestre 2026.
Gastro-entérologie : de nouvelles données pour deux candidats prometteurs dans la rectocolite hémorragique
Deux molécules en développement dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ont fait parler d’elles ce trimestre.
L’obéfazimod (Abivax), activateur oral de miR-124 dont les résultats principaux de phase III de maintien (ABTECT, partie 1) avaient déjà montré des taux de rémission clinique ajustés au placebo de l’ordre de 39-40 % à 44 semaines, a fait l’objet d’une communication complémentaire (partie 2 de l’essai) portant spécifiquement sur les patients réfractaires, c’est-à-dire non répondeurs à l’induction ou en rechute sous traitement d’entretien. Chez les non-répondeurs à l’induction poursuivant l’obéfazimod à 50 mg, 37,2 % ont atteint une rémission clinique et 61,5 % une réponse clinique à 44 semaines. Chez les patients en rechute repris au traitement, les taux de réponse ont atteint près de 70 %. Ces données, discutées par les investigateurs dont Remo Panaccione (université de Calgary), renforcent le dossier réglementaire d’Abivax, qui prévoit un dépôt de dossier d’homologation aux États-Unis au quatrième trimestre 2026.
Le duvakitug (Sanofi/Teva), anticorps anti-TL1A déjà positionné comme candidat best-in-class dans cette classe thérapeutique émergente, a fait l’objet de nouvelles données de phase IIb en juillet, confirmant l’intérêt de cette cible (TL1A, impliquée à la fois dans l’inflammation et la fibrose intestinale) dans la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn, en complément des données de maintien à 44 semaines déjà communiquées en début d’année. Le programme de phase III est en cours pour les deux indications.
Rhumatologie : de nouvelles données positives dans le rhumatisme psoriasique
Le fait marquant du trimestre en rhumatologie concerne le sonélokimab (MoonLake Immunotherapeutics), le « nanocorps » anti-IL17A/F déjà positionné dans l’hidrosadénite suppurée. L’essai de phase III IZAR-1, mené chez des patients atteints de rhumatisme psoriasique actif naïfs de biothérapie, a atteint son critère principal ACR50 à 16 semaines (42,1 % sous traitement d’induction), ainsi que l’ensemble de ses critères secondaires clés : ACR20 (66,5 %), activité minimale de la maladie (41,2 %) et PASI90 chez les patients ayant une atteinte cutanée associée (61 %). Des améliorations significatives ont également été observées sur la fonction physique et la qualité de vie liée à la maladie. L’essai se poursuit en aveugle jusqu’à la semaine 52, avec des résultats complets attendus au premier semestre 2027. L’essai parallèle IZAR-2, mené chez des patients en échec d’anti-TNF, doit achever son recrutement au troisième trimestre 2026. Ces résultats positionnent le sonélokimab comme un candidat sérieux dans un rhumatisme psoriasique où l’offre en anti-IL17 s’enrichit progressivement.
En synthèse
Ce troisième trimestre 2026, dépourvu de grand congrès fédérateur, confirme néanmoins la vitalité de la recherche clinique dans les pathologies immuno-inflammatoires chroniques, avec des avancées significatives portées par des mécanismes d’action variés : inhibition de TYK2 et de JAK (zasocitinib, ritlécitinib), blocage de nouvelles cibles cytokiniques (IL-7 pour le bempikibart, TL1A pour le duvakitug), nanocorps anti-IL17 (sonélokimab) et modulateur épigénétique oral (obéfazimod). L’abandon de l’amlitélimab dans la dermatite atopique rappelle cependant que l’innovation thérapeutique se heurte à un standard de soins de plus en plus élevé, notamment dans des indications où plusieurs classes efficaces sont déjà disponibles.
Ces différentes actualités, issues principalement de communiqués de laboratoires et de la presse spécialisée internationale plutôt que d’un congrès unique, seront à recroiser avec les communications qui seront présentées à l’EADV (Vienne, fin septembre-début octobre), à l’UEG Week (Barcelone, mi-octobre) et à l’ACR Convergence (à l’automne), qui clôtureront l’année scientifique 2026.



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