Actualités Pharmaceutiques

Dossier rédigé par
Sandra MIGNOT
Publié le 27.07.26
Rev Trib K IMID 2026 ; 1 (2) : 99-100.

ACTUALITÉS PHARMACEUTIQUES

Au-delà des congrès scientifiques, ce trimestre a été marqué par plusieurs actualités structurantes pour la prise en charge des pathologies immuno-inflammatoires chroniques : des données de pharmacovigilance qui viennent préciser le profil de risque à long terme de traitements anciens, une crise démographique désormais documentée et alertée par les professionnels de la rhumatologie comme de la dermatologie, l’arrivée de nouveaux biosimilaires et d’un traitement inédit, ainsi que les premiers enseignements sur l’apport réel de l’intelligence artificielle en pratique clinique.

Marché du médicament : biosimilaires et nouvelle option topique

Sur le plan de l’accès au marché, deux actualités concernent directement l’arsenal thérapeutique des maladies inflammatoires chroniques. Le Journal officiel a acté le remboursement des premiers biosimilaires du golimumab (Simponi, Janssen/J&J), Gobivaz (Advanz Pharma) et Gotenfia (EG Labo, groupe Stada), dans l’ensemble des indications de la spécialité de référence à l’exception de la polyarthrite rhumatoïde sévère non préalablement traitée par methotrexate et de l’arthrite juvénile idiopathique. Leur prix public (327,04 euros la seringue) est inférieur d’environ 36 % à celui de Simponi (511,98 euros), illustrant la pression continue exercée par la concurrence biosimilaire sur le marché des anti-TNF (source : publication JO du 6 mars 2026).

Par ailleurs, Leo Pharma France a officiellement lancé le delgocitinib (Anzupgo), premier traitement topique et premier inhibiteur pan-JAK spécifiquement homologué dans l’eczéma chronique des mains modéré à sévère de l’adulte, après son inscription au remboursement en février. Positionné en deuxième ligne après échec des dermocorticoïdes, ce traitement se distingue par un profil de tolérance jugé plus favorable que celui de l’alitretinoïne, seule alternative systémique disposant d’une AMM dans les formes sévères mais contre-indiquée par sa tératogénicité dans une population majoritairement composée de femmes jeunes. Avec une prévalence estimée à environ 5 % en France et une population cible de 100 000 à 170 000 patients selon la Haute Autorité de Santé (HAS), cette nouvelle option répond à un besoin médical jusque-là peu couvert (source : conférence de presse Leo Pharma du 19 mars 2026).

Vigilance : des données qui affinent le profil de risque des traitements

Une méta-analyse canadienne, publiée dans Arthritis Care & Research, est venue préciser le risque de rétinopathie associée à l’hydroxychloroquine, largement utilisée en rhumatologie (lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde). Si ce risque reste faible à moyen terme (0,1 % à cinq ans), il augmente significativement avec la durée d’exposition, atteignant 2,6 % à 10 ans et 5,6 % à 15 ans. Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs aggravants : une dose supérieure à 5 mg/kg (risque multiplié par 4,3), une maladie rénale chronique, le sexe féminin et l’origine asiatique. Ces données plaident pour un dépistage ophtalmologique continu et une optimisation des doses, en particulier chez les patients à risque, sur des traitements souvent prescrits sur de très longues durées (source : publication Arthritis Care & Research, mars 2026).
Autre éclairage de vigilance, une étude française publiée dans JAMA Dermatology a comparé les performances diagnostiques de plusieurs outils d’intelligence artificielle à celles de 652 médecins pour l’identification de lésions cutanées, dans des conditions proches de la pratique clinique réelle (cas atypiques et rares inclus). Le modèle de fondation le plus performant (PanDerm, entraîné sur plus de deux millions d’images) a surpassé les dermatologues juniors (moins de trois ans d’expérience) mais restait inférieur aux experts ayant plus de dix ans de pratique, notamment sur les lésions malignes majeures comme le mélanome. Ces résultats nuancent l’idée d’une supériorité systématique de l’IA observée dans des conditions expérimentales, et suggèrent plutôt un rôle d’aide à la décision, en particulier pour les praticiens les moins expérimentés ou pour prioriser les cas à risque (source : JAMA Dermatology).

Une crise démographique qui touche à la fois la rhumatologie et la dermatologie

Deux spécialités directement concernées par les pathologies inflammatoires chroniques alertent sur leur avenir démographique.

Un livre blanc de la rhumatologie française dresse un constat préoccupant : le nombre de rhumatologues en activité a diminué de 16 % entre 2014 et 2023 (de 2 598 à 2 171 praticiens), avec un quart des effectifs proches ou au-delà de 60 ans, tandis que le nombre de postes d’internes en formation reste jugé très insuffisant au regard des besoins croissants liés au vieillissement de la population. Le document pointe également une spécialité parmi les moins bien valorisées financièrement, freinant son attractivité, et appelle à une revalorisation de l’acte de consultation ainsi qu’à un élargissement des actes techniques associables à la consultation clinique (échographie notamment). (source : communiqué APM du 17 avril 2026).

Un constat similaire, mais avec une mobilisation plus large, émane de la dermatologie : les principales sociétés savantes et fédérations professionnelles, rejointes par 26 associations de patients, ont appelé le gouvernement à la mise en place d’une mission ministérielle en vue d’un plan national d’accès aux soins dermatologiques. Avec seulement 3,25 dermatologues pour 100 000 habitants (versus 5 à 6 recommandés), la France se classerait en 29ᵉ position sur 30 en Europe, avec des délais d’attente pouvant dépasser un an dans certains territoires, et une baisse redoutée de 30 % des effectifs d’ici 2030 en l’absence de mesures correctrices. Les signataires dénoncent en particulier l’essor de sociétés privées de télé-expertise en dermatologie, susceptibles de déplacer le problème sur les patients sans garantir la continuité des soins (source : communiqué APM du 26 mai 2026).

Face à ces tensions, des réponses organisationnelles locales émergent : en Auvergne-Rhône-Alpes, l’Agence régionale de santé (ARS), l’Assurance Maladie et l’Union régionale des professionnels de santé libéraux ont signé une convention créant les deux premières équipes de soins spécialisés (ESS) de la région, l’une en pédiatrie et l’autre en dermatologie. Ces structures, financées par l’Assurance Maladie (jusqu’à 100 000 euros de dotation annuelle), visent à fluidifier les échanges entre médecins généralistes et spécialistes via des outils de télé-expertise, notamment pour l’orientation prioritaire des patients présentant des lésions suspectes de cancer cutané (source : communiqué ARS, Ameli et URPS du 10 juin 2026).

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