Actualités Pharmaceutiques
ACTUALITÉS PHARMACEUTIQUES
Au-delà des congrès scientifiques, ce trimestre a été marqué par plusieurs actualités structurantes pour la prise en charge des pathologies immuno-inflammatoires chroniques : des données de pharmacovigilance qui viennent préciser le profil de risque à long terme de traitements anciens, une crise démographique désormais documentée et alertée par les professionnels de la rhumatologie comme de la dermatologie, l’arrivée de nouveaux biosimilaires et d’un traitement inédit, ainsi que les premiers enseignements sur l’apport réel de l’intelligence artificielle en pratique clinique.
Marché du médicament : biosimilaires et nouvelle option topique
Sur le plan de l’accès au marché, deux actualités concernent directement l’arsenal thérapeutique des maladies inflammatoires chroniques. Le Journal officiel a acté le remboursement des premiers biosimilaires du golimumab (Simponi, Janssen/J&J), Gobivaz (Advanz Pharma) et Gotenfia (EG Labo, groupe Stada), dans l’ensemble des indications de la spécialité de référence à l’exception de la polyarthrite rhumatoïde sévère non préalablement traitée par methotrexate et de l’arthrite juvénile idiopathique. Leur prix public (327,04 euros la seringue) est inférieur d’environ 36 % à celui de Simponi (511,98 euros), illustrant la pression continue exercée par la concurrence biosimilaire sur le marché des anti-TNF (source : publication JO du 6 mars 2026).
Par ailleurs, Leo Pharma France a officiellement lancé le delgocitinib (Anzupgo), premier traitement topique et premier inhibiteur pan-JAK spécifiquement homologué dans l’eczéma chronique des mains modéré à sévère de l’adulte, après son inscription au remboursement en février. Positionné en deuxième ligne après échec des dermocorticoïdes, ce traitement se distingue par un profil de tolérance jugé plus favorable que celui de l’alitretinoïne, seule alternative systémique disposant d’une AMM dans les formes sévères mais contre-indiquée par sa tératogénicité dans une population majoritairement composée de femmes jeunes. Avec une prévalence estimée à environ 5 % en France et une population cible de 100 000 à 170 000 patients selon la Haute Autorité de Santé (HAS), cette nouvelle option répond à un besoin médical jusque-là peu couvert (source : conférence de presse Leo Pharma du 19 mars 2026).
Vigilance : des données qui affinent le profil de risque des traitements
Une crise démographique qui touche à la fois la rhumatologie et la dermatologie
Deux spécialités directement concernées par les pathologies inflammatoires chroniques alertent sur leur avenir démographique.
Un livre blanc de la rhumatologie française dresse un constat préoccupant : le nombre de rhumatologues en activité a diminué de 16 % entre 2014 et 2023 (de 2 598 à 2 171 praticiens), avec un quart des effectifs proches ou au-delà de 60 ans, tandis que le nombre de postes d’internes en formation reste jugé très insuffisant au regard des besoins croissants liés au vieillissement de la population. Le document pointe également une spécialité parmi les moins bien valorisées financièrement, freinant son attractivité, et appelle à une revalorisation de l’acte de consultation ainsi qu’à un élargissement des actes techniques associables à la consultation clinique (échographie notamment). (source : communiqué APM du 17 avril 2026).
Un constat similaire, mais avec une mobilisation plus large, émane de la dermatologie : les principales sociétés savantes et fédérations professionnelles, rejointes par 26 associations de patients, ont appelé le gouvernement à la mise en place d’une mission ministérielle en vue d’un plan national d’accès aux soins dermatologiques. Avec seulement 3,25 dermatologues pour 100 000 habitants (versus 5 à 6 recommandés), la France se classerait en 29ᵉ position sur 30 en Europe, avec des délais d’attente pouvant dépasser un an dans certains territoires, et une baisse redoutée de 30 % des effectifs d’ici 2030 en l’absence de mesures correctrices. Les signataires dénoncent en particulier l’essor de sociétés privées de télé-expertise en dermatologie, susceptibles de déplacer le problème sur les patients sans garantir la continuité des soins (source : communiqué APM du 26 mai 2026).
Face à ces tensions, des réponses organisationnelles locales émergent : en Auvergne-Rhône-Alpes, l’Agence régionale de santé (ARS), l’Assurance Maladie et l’Union régionale des professionnels de santé libéraux ont signé une convention créant les deux premières équipes de soins spécialisés (ESS) de la région, l’une en pédiatrie et l’autre en dermatologie. Ces structures, financées par l’Assurance Maladie (jusqu’à 100 000 euros de dotation annuelle), visent à fluidifier les échanges entre médecins généralistes et spécialistes via des outils de télé-expertise, notamment pour l’orientation prioritaire des patients présentant des lésions suspectes de cancer cutané (source : communiqué ARS, Ameli et URPS du 10 juin 2026).



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