Actualités Congrès

Dossier rédigé par
Sandra MIGNOT
Publié le 27.07.26
Rev Trib K IMID 2026 ; 1 (2) : 95-8.

ACTUALITÉS CONGRÈS

JFHOD 2026 : vers une médecine de précision dans la prise en charge des MICI

Synthèse des principales communications présentées aux Journées francophones d’hépato-gastro-entérologie et d’oncologie digestive (JFHOD), qui se sont tenues à Paris du 21 au 24 mars 2026.
Cette édition des JFHOD a été marquée par une série d’études françaises, en vie réelle ou randomisées, cherchant à affiner les stratégies thérapeutiques dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Plutôt que de nouvelles molécules, ce sont des questions de fond sur l’utilisation optimale des traitements existants qui ont dominé les débats : peut-on simplifier les schémas thérapeutiques ? Comment hiérarchiser les biothérapies et petites molécules disponibles selon la ligne de traitement ? Quel est le risque réel de lymphome associé aux différentes classes ? Ces travaux, portés notamment par le CHU de Clermont-Ferrand et le Groupe d’étude thérapeutique des affections inflammatoires du tube digestif (GETAID), dessinent les contours d’une prise en charge de plus en plus individualisée.

Simplifier les schémas thérapeutiques : l’exemple de l’infliximab sous-cutané
Dans la maladie de Crohn, l’association de l’infliximab intraveineux à un immunosuppresseur (thiopurines) est un standard établi depuis les essais historiques SONIC et PANTS. Anthony Buisson (CHU de Clermont-Ferrand) a présenté les premiers résultats de l’étude de non-infériorité REMONO-CD, qui interroge la pertinence de cette combothérapie lorsque l’infliximab est administré par voie sous-cutanée, dont les propriétés pharmacologiques diffèrent de la forme intraveineuse. Chez 217 patients suivis dans 13 centres, le pourcentage de mois passés en rémission clinique sans corticoïdes durant la première année était même numériquement supérieur sous monothérapie (74 %) que sous combothérapie (63,3 %), sans différence significative par patient aux différents points de suivi. Aucun surrisque d’intensification de traitement, de progression des lésions intestinales ou d’hospitalisation n’a été associé à la monothérapie sur un suivi médian de 22,5 mois. Ces données, qui ne pourront probablement jamais être confirmées par un essai randomisé prospectif dédié compte tenu de la difficulté à en organiser un, plaident pour la possibilité de se passer de l’immunosuppresseur associé lorsque l’infliximab est utilisé par voie sous-cutanée.

Lymphomes et MICI : les nouvelles thérapies rassurantes, la combothérapie à risque
Question de sécurité majeure pour les prescripteurs, le risque de lymphome associé aux traitements des MICI a fait l’objet d’une large étude cas-témoin nationale française, menée par Antoine Meyer (hôpital Bicêtre, AP-HP) à partir du Système national des données de santé (SNDS), portant sur plus de 420 000 patients et 1 238 cas de lymphome. Les résultats confirment le surrisque déjà connu associé aux thiopurines (odds ratio ajusté à 2,4 en cours de traitement) et aux anti-TNF (ORa à 1,7), ce risque étant maximal en cas de combothérapie associant les deux classes (ORa à 3,4, y compris pour des durées de traitement inférieures à six mois) et persistant jusqu’à respectivement trois ans et un an après l’arrêt du traitement. En revanche, aucun surrisque significatif n’a été observé avec le vedolizumab (ORa à 1,03), l’ustekinumab (ORa à 1,37) ou les inhibiteurs de JAK (ORa à 0,70). Ces résultats confortent les recommandations visant à limiter la durée des combothérapies, à éviter les thiopurines et les anti-TNF chez les patients à risque oncologique, et à privilégier le méthotrexate aux thiopurines lorsqu’une association est nécessaire.
Rectocolite hémorragique : quelle biothérapie choisir selon la ligne de traitement ?
Deux études rétrospectives françaises, présentées par Anthony Buisson, ont comparé pour la première fois des traitements avancés de la rectocolite hémorragique (RCH) n’ayant jamais fait l’objet de comparaison directe.
L’étude VEDOFIL (230 patients, 12 centres) a comparé le vedolizumab (anti-intégrine) et le filgotinib (inhibiteur de JAK) après échec d’un anti-TNF. Si aucune différence globale de rémission clinique sans corticoïdes n’a été observée à 16 semaines (38,1 % versus 31,1 %), l’analyse par ligne de traitement a révélé un profil d’efficacité contrasté : le vedolizumab s’est montré plus efficace après échec d’une seule biothérapie, tandis que le filgotinib devenait significativement supérieur après échec d’au moins trois biothérapies (odds ratio à 10,4).
Un schéma similaire a été observé dans l’étude UPPERCUT (226 patients, 10 centres), comparant l’ustekinumab (anti-IL12/23) à l’upadacitinib (inhibiteur de JAK) après échec d’un anti-TNF : sans différence globale à 16 semaines, l’upadacitinib s’est révélé significativement plus efficace que l’ustekinumab chez les patients ayant déjà été exposés à au moins deux thérapies avancées (odds ratio à 6,05) ou en échec primaire d’au moins deux thérapies avancées (odds ratio à 4,25).
Ces deux études convergent vers un message pratique commun : les inhibiteurs de JAK (filgotinib, upadacitinib) semblent prendre l’avantage sur les traitements à mode d’action plus ciblé (vedolizumab, ustekinumab) à mesure que les lignes thérapeutiques s’accumulent, ce qui pourrait aider à hiérarchiser les choix thérapeutiques en pratique clinique, en l’absence d’essais randomisés comparatifs dédiés.
Maladie de Crohn anopérinéale fistulisante : un signal favorable pour l’ustekinumab
Dans cette forme sévère et peu étudiée de la maladie de Crohn, pour laquelle seuls l’infliximab et plus récemment le filgotinib disposent de données d’essais randomisés, Pauline Wils (CHU de Lille) a présenté les résultats de l’essai USTAP, mené par le GETAID. Cet essai randomisé versus placebo, interrompu prématurément en raison de difficultés de recrutement (32 patients inclus sur les 73 prévus), a néanmoins montré un signal clinique cohérent en faveur de l’ustekinumab : à 12 semaines, la rémission combinée clinique et radiologique a été obtenue chez 62 % des patients traités versus 25 % sous placebo (différence non significative compte tenu du faible effectif), avec des taux de rémission clinique (62,5 % versus 31 %) et radiologique (87,5 % versus 75 %) également en faveur du traitement actif. Ce signal, jugé « franc » par l’auteure malgré les limites statistiques de l’étude, soutient l’utilisation de l’ustekinumab en deuxième ligne dans cette indication où l’arsenal thérapeutique reste restreint.
Aphérèse leucocytaire : une option non médicamenteuse toujours d’actualité
Enfin, dans un registre différent, l’étude de cohorte rétrospective française ARLEPI, présentée par Marianne Hupé (CHU de Grenoble),  a réévalué la place de l’aphérèse leucocytaire (système Adacolumn*) dans les MICI à l’ère des thérapies avancées. Chez 129 patients (dont 80 % de RCH), cette technique non pharmacologique a permis d’obtenir, en phase d’induction, une rémission clinique sans corticoïdes chez environ 30 % des patients (27,5 % en RCH, 29,6 % en Crohn), avec un maintien de la réponse en phase d’entretien chez 71,4 % des répondeurs atteints de RCH et 41,7 % de ceux atteints de Crohn. Seul un taux d’hémoglobine supérieur à 13 g/L était prédictif de la réponse ; ni l’association à une thérapie avancée ni le nombre de séances n’influençaient les résultats. Ces données, obtenues dans une cohorte contemporaine, suggèrent que cette approche non médicamenteuse conserve un intérêt pour certains patients, en complément ou en alternative aux thérapies avancées.

AAD 2026 : un trimestre riche en innovations pour la dermatologie inflammatoire

Synthèse des principales communications présentées au congrès de l’American Academy of Dermatology (AAD), qui s’est tenu à Denver (Colorado) du 28 au 31 mars 2026.
Cette édition du congrès de l’AAD a livré une moisson de résultats concernant plusieurs pathologies dermatologiques inflammatoires chroniques : psoriasis, hidrosadénite suppurée, dermatite atopique, lupus érythémateux cutané et pelade. Plusieurs tendances se dessinent : la montée en puissance des petites molécules orales de nouvelle génération (inhibiteurs de TYK2 et de JAK), l’extension des biothérapies existantes aux populations pédiatriques, et l’émergence de mécanismes d’action inédits appliqués à la dermatologie (agonisme de l’IL-2, ciblage des cellules dendritiques plasmacytoïdes).

Psoriasis : le zasocitinib, nouvel inhibiteur de TYK2 de référence ?
Le zasocitinib (TAK-279, Takeda), inhibiteur oral de la tyrosine kinase de type 2 (TYK2) de nouvelle génération, a présenté des résultats de phase III particulièrement solides dans le psoriasis en plaques modéré à sévère, au travers des essais LATITUDE PsO 3001 et 3002. À 16 semaines, il a permis d’obtenir un score sPGA 0-1 chez 71,4 % et 69,2 % des patients (versus 10,7-12,6 % sous placebo et 29,7-32,1 % sous apremilast, utilisé comme comparateur actif), ainsi qu’un score PASI 90 chez 51,9 à 61,3 % des patients. L’effet se distinguait du placebo dès le premier mois de traitement et se maintenait à long terme : à 60 semaines, 91 % des patients poursuivant le zasocitinib conservaient leur réponse, versus 52-59 % chez ceux passés sous placebo après 40 semaines. Le profil de tolérance était cohérent avec les données antérieures (infections des voies respiratoires supérieures, acné). Takeda prévoit une demande d’homologation d’ici mars 2027 et développe également la molécule dans le psoriasis pédiatrique, le rhumatisme psoriasique pédiatrique, le vitiligo, l’hidrosadénite suppurée et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin — un signe de l’ambition du laboratoire pour cette molécule.

Hidrosadénite suppurée : deux mécanismes d’action complémentaires
L’hidrosadénite suppurée (maladie de Verneuil), pathologie aux options thérapeutiques encore limitées, a bénéficié de deux avancées notables.
Le sonelokimab (MoonLake Immunotherapeutics), un « nanocorps » de nouvelle génération, a confirmé son efficacité dans les essais de phase III VELA-1 et VELA-2 (838 patients), avec un critère HiSCR75 atteint chez 34,8-35,9 % des patients à 16 semaines (versus 17,5-25,6 % sous placebo), une réponse qui a continué de s’améliorer jusqu’à 40 semaines (environ 62 % de répondeurs). L’amélioration de la qualité de vie était significative, avec une majorité de patients passant d’une forme très sévère à une forme légère de la maladie.
Le povorcitinib (Incyte), inhibiteur oral de JAK1, a de son côté présenté des données de suivi à 54 semaines des essais STOP-HS1 et STOP-HS2, confirmant le maintien d’une réponse clinique durable (jusqu’à 71,4 % de réponse HiSCR50) associée à des bénéfices sur la douleur, la fatigue et la qualité de vie. Le profil de sécurité restait favorable, avec un taux faible d’événements indésirables d’intérêt particulier (zona, infections graves, événements cardiovasculaires ou thrombo-emboliques, inférieur à 2,3 %). Une demande d’homologation est en cours d’examen par la FDA et l’EMA.

Dermatite atopique : extension aux populations pédiatriques et nouvelles molécules
Le compartiment de la dermatite atopique a été marqué par une double dynamique : l’extension des traitements existants aux plus jeunes patients, et l’arrivée de nouvelles molécules ciblant la voie de l’IL-4/IL-13.
Le roflumilast en crème à 0,05 % (Zoryve, Arcutis), déjà utilisé chez l’adulte et l’enfant à partir de deux ans, a montré des résultats prometteurs chez des nourrissons de 3 à 24 mois dans un essai de phase II : 34,4 % de disparition ou quasi-disparition des lésions à quatre semaines, avec une bonne tolérance locale (absence d’irritation chez 98 % des enfants).
Le nemolizumab (Nemluvio, Galderma), anticorps anti-IL-31RA déjà approuvé à partir de 12 ans, a également démontré son intérêt chez des enfants de 2 à 11 ans dans un essai de phase II, avec des taux de réponse EASI75 atteignant 75 à 81 % après un an de traitement selon les cohortes d’âge et de poids, et un effet rapide sur le prurit.
Chez l’adulte, le rademikibart (Connect Biopharma), nouvel inhibiteur du récepteur alpha de l’IL-4 présenté comme potentiellement différencié du dupilumab par son mode de liaison, a confirmé son efficacité et sa bonne tolérance à un an dans l’essai chinois RADIANT-AD, avec des taux de réponse IGA 0-1 et EASI75 dépassant 75-95 % à un an selon les groupes. Des développements sont également en cours dans l’asthme et la BPCO.
Enfin, dans une forme particulière de la maladie, l’abrocitinib oral (Cibinqo, Pfizer), déjà indiqué dans la dermatite atopique modérée à sévère, a montré une efficacité notable dans l’eczéma chronique des mains réfractaire aux dermocorticoïdes, avec une réduction du score de sévérité de 78 à 81 % à 16 semaines versus 46 % sous placebo — un résultat significatif dès deux à quatre semaines de traitement, dans une indication où l’offre thérapeutique reste restreinte (alitretinoïne, delgocitinib topique).

Lupus érythémateux cutané : confirmation pour le litifilimab
Le litifilimab (Biogen), anticorps anti-BDCA2 ciblant les cellules dendritiques plasmacytoïdes, a confirmé dans la première partie de l’essai de phase II-III AMETHYST les résultats déjà publiés de l’étude LILAC dans le lupus érythémateux cutané. À 16 semaines, 14,7 % des patients traités ont obtenu une disparition totale ou quasi-totale de l’érythème (versus 2,9 % sous placebo), avec une réponse croissante jusqu’à six mois (40,8 % de répondeurs CLASI-50 versus 21 % sous placebo). Biogen développe en parallèle le litifilimab dans le lupus érythémateux systémique, avec des résultats de phase III attendus en 2027.

Pelade : une nouvelle classe thérapeutique en gestation
Résultat particulièrement suivi de ce congrès, la rezpegaldesleukine (Nektar Therapeutics), premier agoniste de la voie IL-2 stimulant les lymphocytes T régulateurs évalué dans cette indication, a montré des signaux d’efficacité dans la pelade sévère à très sévère au sein de l’essai de phase IIb REZOLVE-AA. La réduction du score de sévérité SALT à 36 semaines (environ -30 % versus -5,7 % sous placebo) reste modeste comparée aux inhibiteurs de JAK déjà disponibles dans cette indication, mais l’absence de signal évoquant les effets indésirables typiques de cette classe (infections, événements thrombo-emboliques ou cardiovasculaires) en fait une option potentiellement intéressante pour certains profils de patients. Une phase III est prévue avec la dose de 24 µg/kg ; la molécule est également en développement dans la dermatite atopique.

EULAR 2026 : une actualité thérapeutique dense pour les pathologies rhumatologiques inflammatoires

Synthèse des principales communications présentées au congrès de l’European Alliance of Associations for Rheumatology (EULAR), qui s’est tenu à Londres du 3 au 6 juin 2026.
Le congrès EULAR 2026 a été marqué par une profusion de résultats d’essais cliniques touchant l’ensemble du spectre des rhumatismes inflammatoires chroniques : polyarthrite rhumatoïde, spondyloarthrites, rhumatisme psoriasique, lupus érythémateux systémique, syndrome de Sjögren et pseudopolyarthrite rhizomélique. Plusieurs tendances de fond se dégagent : la poursuite de l’essor des inhibiteurs de JAK sur de nouvelles indications, l’émergence de mécanismes d’action inédits (agoniste PD-1, CAR-T, inhibiteur de mTOR, protéine de fusion anti-BLyS/APRIL, anticorps anti-FcRn), ainsi qu’un premier essai comparatif direct entre biothérapies dans le rhumatisme psoriasique.

Rhumatisme psoriasique : une première supériorité clinique démontrée
Le fait marquant du congrès dans ce domaine est la présentation de l’essai comparatif direct de phase IIIb BE BOLD, qui a opposé le bimekizumab (Bimzelx, UCB), anti-IL-17, au risankizumab (Skyrizi, AbbVie/Boehringer Ingelheim), anti-IL-23, chez 553 patients atteints de rhumatisme psoriasique actif. Le bimekizumab s’est montré statistiquement supérieur sur le critère principal ACR50 à 16 semaines (49,1 % versus 38,4 %), ce qui en fait le premier traitement biologique approuvé à démontrer une supériorité significative sur le plan rhumatologique face à un anti-IL-23, dans le cadre du premier essai tête-à-tête réalisé dans cette indication. Le bimekizumab a également fait mieux sur l’atteinte combinée articulaire et cutanée (ACR50 + PASI100 : 33,5 % versus 24,4 %) et sur la rapidité de réponse (ACR50 dès 4 semaines : 19,9 % versus 7,2 %). En revanche, la différence sur l’activité minimale de la maladie n’a pas atteint la significativité, limitant la portée statistique des analyses secondaires ultérieures. Le profil de sécurité était globalement comparable, avec toutefois davantage d’infections à Candida, toutes de sévérité légère à modérée, sous bimekizumab.

Spondyloarthrites axiales : plusieurs inhibiteurs de JAK en embuscade
Le compartiment des spondyloarthrites axiales a été particulièrement animé, avec quatre programmes de développement présentés.
Le filgotinib (Jyseleca, Alfasigma/Gilead), déjà positionné sur d’autres indications rhumatologiques, a démontré son efficacité dans les deux formes de la maladie (radiographique et non radiographique) au travers du programme OLINGUITO, avec des taux de réponse ASAS40 à 16 semaines significativement supérieurs au placebo dans les deux études (39,5 % versus 20,9 % et 34,5 % versus 17,8 %). Les taux de maladie inactive ou de faible activité atteints à 52 semaines (58 à 61 %) sont présentés par le laboratoire comme nettement supérieurs à ceux habituellement obtenus avec les traitements actuels. Une extension d’indication est actuellement à l’étude auprès des autorités réglementaires européennes.
Le tofacitinib (Xeljanz, Pfizer), pourtant plus ancien, a été évalué pour la première fois dans une population inédite de spondyloarthrite axiale débutante (moins de deux ans d’évolution) au sein de l’essai de phase IV FASTLANE. Il s’est montré supérieur au placebo, en association au naproxene, pour l’obtention d’une maladie inactive selon l’ASDAS à 16 semaines (26,4 % versus 7,4 %), avec un profil de sécurité cohérent avec les données déjà connues du produit.
Deux nouveaux inhibiteurs de JAK en développement ont par ailleurs présenté des résultats de phase III positifs : l’ivarmacitinib (Jiangsu Hengrui), inhibiteur spécifique de JAK1, dans la forme non radiographique (ASAS40 à 12 semaines : 39,7 % versus 24,8 %), et le gecacitinib/jaktinib (Zelgen), pan-inhibiteur de JAK, dans la forme radiographique (ASAS40 à 16 semaines : 51,9 % versus 12,9 %). Ces deux molécules, développées principalement en Chine, illustrent la densification de l’offre thérapeutique dans cette classe.

Polyarthrite rhumatoïde : entre nouveaux mécanismes d’action et signaux de vigilance
La polyarthrite rhumatoïde a été le terrain de plusieurs approches très différentes.
L’innovation la plus notable est sans doute celle de la thérapie cellulaire CAR-T, avec les premiers résultats prospectifs du mivocabtagene autoleucel (miv-cel, Kyverna Therapeutics) chez six patients réfractaires, présentés dans l’essai de phase I-II COMPARE. Après une perfusion unique précédée d’un conditionnement lymphodéplétant, la molécule a montré un profil de tolérance favorable (syndrome de relargage cytokinique limité à des grades 1-2, absence de neurotoxicité) et des signaux d’efficacité forts : baisse médiane de 41 % du DAS28-CRP, rémission chez la moitié des patients et arrêt durable de tout traitement immunosuppresseur chez cinq patients sur six. Ces données, bien que portant sur un effectif très restreint, nourrissent l’hypothèse d’une véritable « réinitialisation immunologique ».
Autre mécanisme original, l’agoniste du récepteur PD-1 rosnilimab (First Tracks Biotherapeutics) a confirmé en phase IIb (essai RENOIR, 424 patients) une efficacité durable, y compris chez des patients en échec de plusieurs biothérapies, avec des réponses ACR20/ACR50 significativement supérieures au placebo et un maintien des bénéfices jusqu’à trois mois après l’arrêt du traitement — signe d’un possible effet rémanent au-delà de la simple immunosuppression.
Du côté des inhibiteurs de JAK, le zemprocitinib (LNK01001, Lynk Pharmaceuticals/Simcere), spécifique de JAK1, a montré dans l’essai de phase III COURAGE-RA une efficacité rapide et importante chez des patients en échec de biothérapies (ACR20 à 24 semaines : 79,1 % versus 39,7 % sous placebo), avec un profil de tolérance présenté comme plus favorable que celui des autres inhibiteurs de JAK.
Un signal de vigilance important a cependant été rapporté concernant le baricitinib (Olumiant*, Lilly) : les essais post-commercialisation RA-BRIDGE et RA-BRANCH, portant sur 3 640 patients à risque de thrombo-embolie veineuse, n’ont pas permis de démontrer sa non-infériorité par rapport aux anti-TNF sur ce risque (taux d’incidence de 0,79 pour 100 patients-années versus 0,51, rapport des taux de 1,61). Les infections graves étaient également plus fréquentes sous baricitinib (risque augmenté de 32 %), tandis que les risques cardiovasculaire et carcinologique restaient comparables. Les auteurs appellent à une décision thérapeutique individualisée tenant compte du profil de risque de chaque patient.

Pseudopolyarthrite rhizomélique : une option d’épargne cortisonique
Dans cette pathologie où l’arrêt des corticoïdes expose à un risque élevé de rechute, l’essai de phase III JAK-SPARE a évalué le baricitinib (4 mg) chez 46 patients atteints de forme débutante, en association à une décroissance rapide de la corticothérapie orale. Le taux de rémission sans corticoïdes à 16 semaines a été significativement plus élevé sous baricitinib que sous placebo (65 % versus 17 %), avec un délai avant la première poussée significativement allongé. Ces résultats, bien qu’obtenus sur un effectif limité, positionnent le baricitinib comme une nouvelle option d’épargne cortisonique dans cette indication où l’offre thérapeutique reste restreinte.

Lupus érythémateux systémique : deux approches complémentaires
Deux essais ont apporté des données encourageantes dans le lupus érythémateux systémique actif.
Le nipocalimab (Imaavy, Johnson & Johnson), anticorps anti-FcRn déjà approuvé dans la myasthénie généralisée, a démontré dans l’essai de phase II JASMINE-SLE (228 patients) une supériorité au placebo sur le critère composite SRI-4 à la dose de 15 mg/kg (53,5 % versus 46,7 % à 24 semaines), avec un effet plus marqué chez les patients ayant une forte activité auto-immune biologique. Ces résultats constituent une preuve de concept pour le blocage du FcRn dans cette pathologie.
Le sirolimus, inhibiteur de mTOR déjà ancien mais repositionné, a quant à lui montré dans l’essai de phase III chinois SIRIUS (146 patients en réponse insuffisante aux traitements standards) une amélioration significative de plusieurs critères composites (SRI-4 : 52,9 % versus 22,7 % ; BICLA : 60,0 % versus 32,2 %) et des taux de rémission clinique supérieurs au placebo, avec un profil de tolérance globalement comparable en dehors d’anomalies métaboliques (hyperlipidémies) attendues avec cette classe. Il s’agit du premier essai randomisé de grande ampleur validant l’intérêt du ciblage de la voie mTOR dans le lupus.

Syndrome de Sjögren : une option thérapeutique en devenir
Le telitacicept (RemeGen), protéine de fusion ciblant à la fois BLyS et APRIL et déjà positionnée en phase III dans le lupus et la polyarthrite rhumatoïde, a montré son efficacité dans le syndrome de Sjögren au sein d’un essai chinois multicentrique (381 patients). Les deux posologies testées (60 et 160 mg) ont entraîné une réduction significative du score d’activité ESSDAI par rapport au placebo à 24 semaines (-4,4 et -3,0 points versus -0,6 point), un bénéfice maintenu à 48 semaines et associé à un profil de tolérance rassurant. Le syndrome de Sjögren, pathologie pour laquelle les options thérapeutiques validées restent rares, pourrait ainsi bénéficier prochainement d’une nouvelle molécule.

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